Bonjour à toutes et à tous,
Dans ce nouveau numéro de la newsletter des Leaders Éclairés, je vous emmène à Écully, au siège du Groupe SEB, où un nouveau directeur général vient de prendre ses fonctions. Au menu : une feuille de route déjà lancée, un regard neuf à préserver, et tout ce qui fait tenir une organisation sans figurer dans aucun plan. Une situation que beaucoup de dirigeants connaissent, quelle que soit la taille de leur entreprise.
Et pour prolonger la réflexion, vous trouverez en fin de lecture trois questions à emporter à votre prochain Codir.
Bonne lecture !
Tout commence par une cocotte
L’histoire du Groupe SEB commence en 1857, dans un petit atelier de ferblanterie à Selongey, en Bourgogne. Un siècle plus tard, en 1953, l’entreprise lance un produit qui va entrer dans des millions de cuisines : la Cocotte-Minute.
Depuis, le groupe a installé son siège près de Lyon et réuni des marques que beaucoup d’entre nous ont à la maison, de Tefal à Moulinex en passant par Rowenta.
Le principe de la cocotte, lui, n’a pas changé : cuire plus vite, sous pression, avec une soupape qui laisse s’échapper ce qu’il faut, au bon moment.
Une feuille de route déjà lancée
En février 2026, SEB annonce le plan Rebond. Objectif : environ 200 millions d’euros d’économies annuelles d’ici fin 2027. Le plan prévoit jusqu’à 2 100 suppressions de postes ; les départs volontaires ont commencé en septembre.
À fin septembre, 35 millions d’euros d’économies sont réalisés, et le résultat opérationnel progresse de près de 25 % sur neuf mois. « Le plan Rebond est engagé et commence à produire ses effets », résume Thierry de La Tour d’Artaise, président du conseil d’administration.
Un nouveau chef en cuisine
C’est à ce moment que Loïc Moutault prend la direction générale, le 1er octobre 2026, choisi à l’unanimité par le conseil. Il arrive de Mars, où il a fait presque toute sa carrière : huit ans à la présidence mondiale de Royal Canin, puis celle de Mars Petcare.
Son cap tient en une phrase : « Notre ambition est claire : retrouver une trajectoire de croissance rentable. » Et sa première priorité, il l’a annoncée dès sa nomination : « aller à la rencontre des collaborateurs, des clients et des partenaires du Groupe ».
À ce stade, on pourrait croire que tout est écrit : un plan chiffré, des premiers résultats, un cap. Mais c’est précisément là qu’une autre histoire commence. Celle de ce qu’un regard neuf va découvrir, et du temps dont il dispose pour le voir.
Je ne connais de cette transition que ce qui en a été publié, et il ne s’agit pas de deviner ce qui se passe à Écully. Plutôt de regarder ce que cette situation peut nous apprendre.
Changeons de décor : un samedi matin à l’atelier
Quittons un instant SEB et imaginons une scène dans une autre entreprise, une ETI industrielle.
Un nouveau directeur général arrive. Le plan d’économies est voté, les premiers résultats sont là. Il reprend la feuille de route et demande d’accélérer. Rien de plus logique.
Parmi les mesures, une ligne discrète : réduire l’intérim. Sur le papier, l’économie est nette.
Quelques mois plus tard, un samedi matin, une ligne de production s’arrête. D’habitude, l’intérimaire présent depuis trois ans, celui qui connaissait la machine par cœur, réglait le problème en dix minutes. Personne ne l’avait écrit nulle part : il assurait, de fait, le seul dépannage du samedi.
La ligne repart le lundi. Le tableau de bord, lui, affiche toujours l’économie réalisée.
Rien de dramatique. Simplement, l’économie a déménagé : elle est devenue un coût à l’atelier.
Chacun s’adapte à sa façon
Dans les semaines qui suivent, chacun s’organise. Le responsable de production met en place une astreinte, sur ses propres heures. Deux experts, sollicités de toutes parts, commencent à regarder ailleurs. Les délais clients s’allongent de quelques jours.
Pendant ce temps, en Codir, la question se pose : faut-il renforcer le pilotage, ajouter des indicateurs ?
Peut-être. Mais les équipes ont aussi quelque chose à raconter : ce qu’elles faisaient sans que personne le leur demande, et ce qu’elles ne peuvent plus faire.
Un plan dit ce que l’entreprise veut changer. Il dit rarement sur quoi elle s’appuie pour fonctionner.
Regarder ce qui fait tenir
C’est à ces appuis discrets que s’intéresse l’ostéopathie des organisations : ce qui fait tenir l’activité, souvent grâce à quelques personnes, et ce qu’un changement à un endroit provoque ailleurs.
Dans notre scène, cette lecture invite à poser quelques questions simples. Qui rattrape quand rien n’est prévu ? Quelle économie d’un service devient la charge d’un autre ? Quels savoir-faire ne tiennent qu’à une ou deux personnes ?
Elle aide aussi à comprendre les réactions. Le responsable qui assure l’astreinte sur ses heures ne résiste pas au plan : il essaie de tenir ses engagements.
Avec une idée plutôt rassurante : quand ces appuis vacillent, personne n’a forcément mal fait son travail. Ils n’apparaissaient simplement dans aucun tableau de bord.
La soupape et le regard neuf
Revenons à la cocotte. Son secret tient à un petit détail : la soupape. Elle laisse la pression faire son travail, sans que le couvercle saute.
Les premiers mois d’un dirigeant jouent un peu ce rôle. Il voit l’organisation comme plus personne ne la voit, sans les habitudes ni les évidences. Ce regard a une durée de vie limitée : au bout de quelques mois, les habitudes de l’entreprise deviennent un peu les siennes.
Un check-up ostéopathique peut donner un cadre à ce moment, en croisant le regard du dirigeant qui arrive avec celui du Codir, des managers et des équipes. Dans notre exemple, il aurait pu faire apparaître le dépannage du samedi avant qu’il disparaisse. Ailleurs, ce serait un expert sans suppléant, ou une décision qui remonte toujours au même bureau.
Pour le dirigeant, l’intérêt est d’accélérer en sachant ce qu’il ne faut pas casser. Renforcer le pilotage peut être utile. Préserver un appui discret peut l’être tout autant.
Revenons alors à Écully. En faisant de la rencontre avec les collaborateurs, les clients et les partenaires sa première priorité, le nouveau directeur général commence par regarder la cuisine avant de monter le feu.
De quoi inspirer bien d’autres maisons. Même sans Cocotte-Minute dans le catalogue.
Trois questions à emporter au prochain Codir
- Qu’est-ce qui fonctionne aujourd’hui dans notre entreprise grâce à quelques personnes, sans être écrit nulle part ?
- Dans nos projets en cours, quelle économie pourrait devenir un coût ailleurs, et qui s’en apercevrait en premier ?
- Quand un nouveau venu remarque quelque chose chez nous, comment faisons-nous pour l’entendre avant qu’il s’y habitue ?
Vous prenez la tête d’une organisation, ou vous accélérez un plan déjà lancé ? Parlons-en.
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Sources :
- Groupe SEB, communiqué de nomination de Loïc Moutault, 15/09/2026, repris par ABC Bourse
- Lyon Mag, 15/09/2026 : plan Rebond, citation de Thierry de La Tour d’Artaise
- Lyon Mag, 23/10/2026 : résultats des neuf premiers mois, citation de Loïc Moutault
- Groupe SEB, histoire

